
Les carreaux n'ont jamais été sages : le tartan de l'hiver 2026 se porte de travers
Londres, septembre : le tartan dans la rue
Il suffisait de rester une heure devant un défilé de la Fashion Week de Londres, en septembre, pour comprendre. Nils Doose, envoyé de Vogue Allemagne dont le texte a été repris par Vogue Adria puis adapté par Vogue Korea, classe le tartan et les carreaux en tête des tendances repérées dans la rue. Il les a vus dans « d'innombrables looks de street style ».
Le décor s'y prêtait. Barbour, maison aux racines écossaises, avait installé à la Saatchi Gallery une exposition, « Tartan Reimagined: The Barbour Way », qui retrace plus de 130 ans d'histoire de la marque et de ses propres tartans. Sienna Miller est passée avec un trench Barbour en velours côtelé, une mini-jupe tartan, un pull léger et des cuissardes. Vogue Korea en tire un conseil simple : les carreaux lancés dès le printemps par les grandes maisons, Chanel en tête, tiendront jusqu'à l'hiver, en chemise de flanelle ou en gilet.
Sur les podiums, le même motif, une autre allure
Le 25 octobre, Kim Yu-jin a publié dans Elle Korea le bilan le plus complet des défilés automne-hiver 2026. Sa phrase de départ : cet automne, les carreaux ne ressemblent plus à ceux qu'on connaissait.
Chez Burberry, Daniel Lee pose un tartan bleu marine et rouge sombre sur des manteaux et de volumineuses écharpes en fourrure : le manteau de manoir anglais devient une tenue de nuit londonienne. Chez Chloé, Chemena Kamali couvre un manteau de tartan rouge vif, drapé comme un châle et frangé, puis fait flotter une longue robe en mousseline à carreaux. Chez Celine, Michael Rider pose un trench beige masculin sur un grand pantalon à carreaux, un classique anglais légèrement de travers. Duran Lantink, chez Jean Paul Gaultier, sculpte des silhouettes en carreaux noir et blanc. Dries Van Noten superpose des carreaux de tailles et de couleurs différentes, Dior oppose une veste à carreaux à un pantalon imprimé, Louis Vuitton coupe un deux-pièces vert en feutre de laine.
La conclusion de l'article est la bonne. Le motif ne change pas, c'est la manière de le porter qui change. Kim Yu-jin l'écrit en une ligne : un motif aux règles strictes peut devenir l'outil d'expression le plus libre.
« Le classique ne signifie pas recopier fidèlement le passé. » Kim Yu-jin, Elle Korea
Un motif qui a toujours eu deux camps
On défend une idée plus précise. Si le carreau peut encore surprendre en 2026, c'est qu'il a toujours appartenu à deux camps à la fois, et qu'il garde la trace des deux.
Le Victoria and Albert Museum de Dundee l'a montré en 2023 avec l'exposition Tartan : plus de 300 objets, plus de 11 000 tartans recensés dans le monde, un fragment de Glen Affric daté autour de 1500 à 1600. On y voyait une cape Chanel de 1922 en tartan Gordon, un ensemble Dior de Marc Bohan porté par Wallis Simpson, et tout près, les pantalons bondage de Vivienne Westwood et un corset de la collection automne-hiver 1995 d'Alexander McQueen, « Highland Rape ». Dazed résumait l'exposition ainsi : le tartan est à la fois le marqueur de l'establishment et de l'anti-establishment.
Le V&A conserve un costume Westwood d'environ 1995 qui dit tout : veste en Harris Tweed, pantalon en tartan, et un gilet à grand col châle qui retourne l'air traditionnel des deux tissus. Westwood avait ouvert sa boutique du King's Road avec Malcolm McLaren en 1970, et quatre ans plus tard, elle était au centre du punk londonien.
Le check Burberry a vécu la même bascule dans l'autre sens. Dazed rappelle qu'il servait de doublure de trench dans les années 1920, puis d'écharpe en cachemire dans les années 1960. En 2002, une photo de Danniella Westbrook en total look Burberry publiée par The Sun le fait basculer : des pubs et des clubs l'interdisent. En 2005, il ne représentait plus que 5 % des produits de la marque. La chercheuse Liza Betts, du London College of Fashion, parle dans Dazed d'un check à utiliser « en connaissance de cause ».
C'est exactement ce que permet une pièce d'archive. Une chemise Burberry d'époque porte cette histoire dans sa trame, une copie de la saison ne la porte pas.
Les règles pour le porter de travers
- Un seul carreau fort par tenue, le reste uni. Celine pose un trench beige sur un pantalon à carreaux, pas l'inverse.
- Si tu en mélanges deux, change d'échelle : un petit carreau près du visage, un grand en bas, comme chez Dries Van Noten.
- Le tartan habillé se casse avec une pièce brute : bottes hautes et pull fin, comme Sienna Miller à Londres.
- Le vichy n'est plus réservé à l'été : Elle Korea le voit passer à l'hiver en grand format.
Huit carreaux d'archive
Le check en chemise


Le tartan en manteau court



Le carreau en bas



Le carreau d'origine, au lieu de sa copie
Les maisons vont vendre cet hiver des tartans neufs, très bien faits, qui diront tous la même chose. Le carreau d'archive dit autre chose : il a été porté, il appartient à une époque, il garde son camp.
Avec le Club, pour 39,99 € par mois, tu portes jusqu'à 300 € de pièces en même temps et tu changes une fois par mois. La chemise Burberry beige, le trench tartan, le Harrington Celio et la mini-jupe EDC tiennent ensemble dans la même box, pour une valeur de 185 €. Si un carreau devient le tien, tu l'achètes avec une réduction.
Sources
- Elle Korea, « Cet automne, les carreaux ne ressemblent plus à ceux que l'on connaissait », Kim Yu-jin, 25 octobre 2026 : lire l'article
- Vogue Korea, « Je rentre de Londres : tout le monde portait ce look d'automne », Hwang Hye-won et Nils Doose, 13 octobre 2026 : lire l'article
- Vogue Adria, « I've just returned from London, and these three autumn trends were everywhere », Nils Doose, 2 octobre 2026 : lire l'article
- V&A Dundee, « V&A Dundee presents a radical look at a revolutionary textile », 30 mars 2023 : lire le communiqué
- Dazed, « From the highlands to haute couture: how tartan took over fashion », Emma Elizabeth Davidson, 12 mai 2023 : lire l'article
- Dazed, « Burberry and the chequered politics of working-class appropriation », Daniel Rodgers, 26 mai 2022 : lire l'article
- Victoria and Albert Museum, costume Vivienne Westwood, vers 1995 : voir la fiche