
Le néo-victorien n'a rien de romantique : c'est une tenue de colère
À l'écran, les femmes victoriennes ont cessé d'être sages
Regardez Cathy Ames. Dans East of Eden, sur Netflix depuis le 1er octobre, Florence Pugh porte le personnage le plus froidement calculateur de Steinbeck, et Elle US a noté ce qui l'habille : des piles de médaillons en or anciens, authentiques, des chapeaux voilés, des boucles d'oreilles de style « Archaeological Revival », des chaînes de montre et des châtelaines. Une femme qui porte sa fortune et ses secrets sur elle.
Même mouvement dans Monster: The Lizzie Borden Story, sortie le 17 septembre, où Ella Beatty joue la femme accusée du double meurtre de Fall River en 1892. Et dans Victorian Psycho, adapté du roman de Virginia Feito, en salles le 13 novembre : Maika Monroe y incarne Winifred Notty, gouvernante aux cols montants, aux bonnets étranges et aux robes imposantes. Sa costumière, Allison Byrne, raconte à Elle US avoir étudié les asiles victoriens et les couleurs des tableaux anciens, et travaillé avec de vieilles filatures de lin en Irlande. Elle oppose des tissus vert ou rouge très vifs à d'autres, ternes et texturés.
Kristen Bateman, chez Elle US, résume la saison d'un mot : le vêtement victorien, autrefois symbole d'oppression, raconte désormais la rage et la rébellion des femmes.
Sur les podiums, le corset devient une construction
Les défilés suivent. Pour le printemps-été 2027, présenté le 12 septembre au Brooklyn Storehouse, Khaite a montré des robes en dentelle brodée de fleurs, de la lingerie à l'air ancien et des corsets entièrement faits main, portés sous des robes « wiggle ». Vogue Korea raconte que Catherine Holstein est partie d'un martini au Gritti Palace de Venise, et qu'elle s'est demandé, pour une fois, ce qu'elle pouvait ajouter plutôt que retirer.
Chez McQueen, Seán McGirr a ramené la maison à Londres pour la première fois depuis 2001, dans une chapelle enfumée. Vogue Adria décrit des drapés et de la dentelle serrés par des ceintures métalliques, des robes aux volumes de crinoline, et des tailleurs coupés avec Huntsman, sur Savile Row, d'après les vestes de Lee McQueen du milieu des années 90. Elle UK ajoute la version plus sombre de l'automne-hiver 2026 : cols montants, dentelle noire et doubles boutonnages chez Erdem, McQueen et Fendi, et des bottes à lacets partout, bouts emplumés chez Prada, semelles dorées chez Thom Browne, talons croco noirs chez Dolce & Gabbana.
Le corset n'est plus là pour contraindre. Il structure, il se montre, il se porte par-dessus.
Un vestiaire fait, à l'origine, pour contenir
Ce retournement a du sens quand on se souvient d'où vient ce vestiaire. Le Victoria and Albert Museum rappelle que les œillets métalliques, apparus dans les années 1820, ont permis de lacer beaucoup plus serré, et qu'à partir de 1856 la crinoline-cage en acier a donné aux jupes une ampleur impossible à gérer seule dans un escalier. Le musée note aussi qu'une partie des alertes médicales contre le corset étaient exagérées, parfois inventées : le débat sur ce que portaient les femmes était déjà un débat sur ce qu'on pouvait leur imposer.
Il y a enfin le noir. Après la mort du prince Albert en 1861, la reine Victoria porte le deuil pendant des décennies. Les ateliers de jais de Whitby emploient jusqu'à 1 500 personnes en 1872 pour fabriquer bijoux et médaillons de deuil. La créatrice de contenu Christina Grasso, interrogée par Elle US, collectionne justement ces bijoux de deuil, les châtelaines et les bijoux en cheveux, et parle d'une tension entre retenue et excès, bienséance et rébellion.
McQueen l'avait compris avant tout le monde. Widows of Culloden, en 2006, habillait de dentelle des veuves sans aucune résignation. Savage Beauty a ensuite attiré près de 700 000 visiteurs au Met en 2011.
La règle : un élément d'époque, le reste d'aujourd'hui
Le piège, c'est le costume. Chili Palmer, fondatrice de la marque Lili Curia, dont la botte victorienne Isadora est la meilleure vente selon Elle UK, le dit simplement : elle veut que ces influences fassent moderne, pas costume. La version juste garde un seul élément historique, corset, col, dentelle ou bottine, et l'entoure de pièces simples, souvent masculines.
Le vintage est bien placé ici, parce que les années 90 et 2000 ont déjà fait leur propre relecture du corset et de la dentelle, avec des coupes faites pour la ville.
Sept pièces pour une colère bien habillée
Le corset, en version portable


La dentelle noire, sans le registre de la soirée


Le détail du col et de l'encolure


Le rouge de la gouvernante

Essayer la tendance sans s'engager
Le néo-victorien est une tendance d'humeur : on ne sait pas encore si on la portera toute la saison ou trois soirs. Allison Byrne le dit elle-même, on s'éloigne de plus en plus de la mode jetable. C'est le genre de pièce qu'il vaut mieux porter avant de posséder.
Avec le Club, pour 39,99 € par mois, tu portes jusqu'à 300 € de pièces en même temps et tu changes une fois par mois. La robe corset, la jupe en tulle et le top Silvian Heach tiennent ensemble dans la même box, avec de la marge. Si l'une d'elles devient ton uniforme de l'hiver, tu l'achètes avec une réduction.
Sources
- Elle US, « In Praise of Victorian Fashion », Kristen Bateman, 28 octobre 2026 : lire l'article
- Elle UK, « Victorian-Style Lace-Up Boots Are Autumn's Most-Wanted Shoe », Chiara Wilkinson, 30 octobre 2026 : lire l'article
- Vogue Korea, Khaite printemps-été 2027, 14 septembre 2026 : lire l'article
- Vogue Adria, McQueen printemps-été 2027 à Londres, 21 septembre 2026 : lire l'article
- Elle US, éditorial victorien gothique à Oheka Castle, 8 septembre 2026 : voir la série
- Victoria and Albert Museum, « Corsets, crinolines and bustles: fashionable Victorian underwear » : lire l'article
- Victoria and Albert Museum, collier de deuil en jais, vers 1875 : voir la fiche
- The Art Newspaper, fréquentation de Savage Beauty, 3 août 2015 : lire l'article