
Jaune beurre, rouge cerise, chocolat : la mode a faim, et ce n'est pas un hasard
Une saison qui se mange des yeux
Faites la liste, elle est vertigineuse. Pour le printemps-été 2027, Dior a montré des sacs en forme de noix dorées, suspendues à des chaînes avec des canards en métal : Elle US attribue ce goût du sac-objet à Jonathan Anderson, qui a fait la même chose chez JW Anderson avec des pochettes grenouille, canari ou hérisson. Chez Chanel, Matthieu Blazy a sorti des sacs pomme, gland et écureuil. Rachel Comey a fait défiler ses mannequins avec des sacs argentés isothermes, pensés pour les snacks d'une marque de confiseries. Et Dauphinette a présenté des sacs faits de vrai pain invendu, produits en petites séries à Kobe.
Hors des podiums, même appétit. Elle UK raconte les tours de crevettes « colossales » du défilé anniversaire des 85 ans de Coach, et un gâteau plus grand que celui des plus grands mariages. Celine a servi des hot-dogs pendant la Fashion Week de New York. Le Café Louis Vuitton, ouvert en 2024 à New York, propose des raviolis monogrammés. Et JW Anderson vend des bijoux de sac en chou-fleur et en carotte.
Ce que la nourriture dit de nous
Elle UK a posé la question à Jennifer Creevy, directrice food & drink chez WGSN. Sa réponse : la nourriture devient de plus en plus un langage esthétique partagé. Et le mot « butter » évoque à lui seul le réconfort, la chaleur et la douceur. WGSN avait déjà mesuré l'an dernier que les recherches mondiales pour « butter yellow » avaient bondi de 324 % en un an. Harper's Bazaar a fait la carte de cette palette sur les défilés : brun chocolat chez Bottega Veneta, jaune beurre chez Fendi, crème brûlée chez Dior, pistache chez Prada.
Le même article d'Elle UK relève un détail de vocabulaire qui dit tout : un « rouge baie » sonne plus luxueux qu'un « rouge écarlate ». Même la beauté s'y est mise, avec les cheveux « espresso » et les ongles « chai latte ».
Notre lecture : la mode ne s'inspire pas de la nourriture parce que c'est drôle. Elle le fait parce que ce sont les couleurs qu'on associe à une cuisine où l'on se sent bien. Une couleur gourmande, c'est une couleur qui rassure.
Une très vieille histoire d'appétit
Rien de neuf, et c'est ce qui rend la tendance solide. Elle UK rappelle qu'à l'époque victorienne, on faisait circuler des ananas d'une réception à l'autre, comme symbole de statut, faute de pouvoir en acheter. En février 1937, Elsa Schiaparelli dessine avec Salvador Dalí une robe du soir ornée d'un homard géant, que Wallis Simpson achète pour son trousseau ; elle est aujourd'hui au Philadelphia Museum of Art. En 2014, pour sa première collection chez Moschino, Jeremy Scott détourne les arches de McDonald's, et l'ensemble est entré au musée du Fashion Institute of Technology. Judith Leiber, elle, couvre de cristaux des sacs en forme d'aliments depuis des décennies : son modèle homard se vend aujourd'hui 8 995 dollars, selon Elle US.
La mode joue avec la nourriture depuis presque un siècle. Ce qui change en 2026, c'est qu'elle ne cherche plus à faire rire : elle console.
Le piège de la couleur tendance
Le problème d'une couleur de saison, c'est sa date de péremption. Le t-shirt jaune beurre acheté en septembre risque de sembler daté au printemps. Olivia Cheng, fondatrice de Dauphinette, le dit à sa façon à Elle US : ce qui garde la nouveauté nouvelle, c'est qu'elle n'est pas partout.
C'est précisément là que l'archive est imbattable. Une pièce qui portait déjà un rouge cerise en 2005 n'est pas « dans la tendance » : la tendance passe simplement par elle. Côté style, on ne sert pas tout le dessert en même temps. Une couleur gourmande par tenue, sur une base grise, marine ou crème. Le chocolat est l'exception : il remplace le noir et accepte presque tout.
Sept pièces à croquer
Le rouge baie

Le jaune beurre

Le chocolat, le nouveau noir



Le rose dragée et l'orange sorbet


Goûter sans tout acheter
Les couleurs gourmandes sont le genre de tendance qu'on a envie de goûter, pas forcément d'adopter pour dix ans. Avec le Club, tu portes ces pièces pour la saison : 39,99 € par mois pour jusqu'à 300 € de pièces portées en même temps, avec un changement par mois. Le sac Moschino et le pantacourt Dolce & Gabbana tiennent ensemble dans la même box. Pour la robe Bottega Veneta, au-dessus de 300 €, c'est le Club+ : 59,99 € par mois, jusqu'à 500 € de pièces. Si une couleur devient la tienne, tu achètes la pièce avec une réduction.
Sources
- Elle UK, « How Food Became Fashion's New Favourite Source Of Inspiration », Kristen Bateman, 29 octobre 2026 : lire l'article
- Elle US, « Fashion's Food Obsession, Explained », 28 octobre 2026 : lire l'article
- Elle US, « Novelty Bags Are Fashion's Most Joyful Accessory Trend », Kristen Bateman, 23 octobre 2026 : lire l'article
- WGSN, « Why is Butter Yellow the colour everyone is searching for? », 18 août 2025 : lire l'article
- Harper's Bazaar India, « A feast for the eyes: How edible colours are dominating the runway », 2025 : lire l'article
- Philadelphia Museum of Art, robe du soir Schiaparelli au homard, 1937 : voir la fiche
- The Museum at FIT, ensemble Moschino par Jeremy Scott, automne 2014 : voir la fiche